Conjoint survivant : garder le logement familial après un décès

Au décès de votre époux ou épouse, la loi vous protège pour rester chez vous, mais vos droits dépendent de votre famille et du régime matrimonial. Voici comment les faire valoir, et quand racheter la part des enfants.

Conjoint survivant : garder le logement — 1 an d'occupation gratuite du logement après le décès

Les droits au logement du conjoint survivant

Le Code civil donne au conjoint marié deux droits successifs sur le logement qu'il occupait à titre de résidence principale.

Le droit temporaire d'un an

Pendant l'année qui suit le décès, il peut occuper gratuitement le logement et le mobilier, s'ils appartenaient au couple ou au défunt (article 763). Si le logement était loué ou détenu en indivision avec un tiers, la succession lui rembourse les loyers ou l'indemnité d'occupation pendant cette année. Ce droit est automatique et personne ne peut l'en priver.

Le droit viager d'habitation et d'usage

Il prend le relais jusqu'au décès du conjoint (article 764). Trois points à retenir :

  • il faut le demander dans l'année qui suit le décès ;
  • le défunt pouvait l'écarter, mais seulement par un testament notarié ;
  • sa valeur s'impute sur la part d'héritage du conjoint. Fiscalement, elle est fixée à 60 % de la valeur de l'usufruit (article 762 bis du CGI).

Ce droit ne s'applique pas si le logement appartenait au défunt en indivision avec un tiers, s'il n'en détenait que l'usufruit, ou s'il était détenu par une SCI. D'un commun accord, les héritiers et le conjoint peuvent le convertir en rente viagère ou en capital.

Usufruit ou quart en pleine propriété : l'option du conjoint survivant

Au-delà du logement, la part d'héritage du conjoint dépend de la configuration familiale, en l'absence de testament ou de donation entre époux.

Droits légaux du conjoint survivant marié, sans disposition particulière.
Situation familialeDroits du conjoint
Enfants tous issus du coupleAu choix : usufruit de toute la succession, ou un quart en pleine propriété
Au moins un enfant d'une autre unionUn quart en pleine propriété, sans choix possible
Pas d'enfant, père et mère du défunt vivantsLa moitié, chaque parent recevant un quart
Pas d'enfant ni de parentsToute la succession, sous réserve d'un droit de retour des frères et sœurs sur certains biens de famille

Quand il a le choix, le conjoint dispose de trois mois à compter de la demande des autres héritiers. S'il ne répond pas, il est réputé avoir choisi l'usufruit.

Avec une donation entre époux

Une donation au dernier vivant élargit les options : la quotité disponible en pleine propriété, un quart en pleine propriété et trois quarts en usufruit, ou l'usufruit de la totalité. Elle est surtout utile quand l'un des époux a des enfants d'une première union.

Le conseil du pôle hypothécaire

Ne vous précipitez pas sur un rachat dans les semaines qui suivent le décès : le droit temporaire d'un an vous laisse le temps de comparer droit viager, usufruit et attribution du logement. Pensez seulement à demander le droit viager dans l'année si vous pourriez en avoir besoin.

Exonération de droits de succession pour le conjoint

Le conjoint marié ne paie aucun droit de succession, quelle que soit la valeur reçue. Il doit en principe déposer une déclaration de succession, sauf dispense lorsque l'actif brut est inférieur à 50 000 € et que les conditions sur les donations antérieures sont remplies.

Le partenaire de PACS bénéficie de la même exonération, mais il n'hérite que si le défunt l'a désigné par testament. Il peut, dans certains cas, bénéficier lui aussi du droit temporaire d'un an ; le droit viager, lui, est réservé au conjoint marié. Le concubin n'a aucun droit automatique à rester dans le logement de son compagnon.

Les enfants, eux, paient des droits sur leur part après leur abattement. S'ils reçoivent la nue-propriété parce que le conjoint a choisi l'usufruit, ou si le conjoint exerce son droit viager au logement, ils peuvent demander à différer le paiement.

Racheter la part des enfants : un exemple de famille recomposée

Lorsque le conjoint reçoit un quart en pleine propriété, il se retrouve en indivision avec les enfants. Pour devenir seul propriétaire, il peut demander l'attribution préférentielle du logement qu'il habitait (article 831-2 du Code civil), à charge de verser une soulte aux autres héritiers.

Prenons un couple marié sous le régime de la communauté, propriétaire d'une maison estimée à 400 000 €. Le défunt laisse deux enfants d'une première union. Supposons, pour simplifier, que la maison soit le seul bien du couple. Ces montants sont un exemple, à faire établir par le notaire :

Exemple théorique, hors émoluments du notaire.
ÉtapeMontant
Moitié de la maison revenant au conjoint au titre de la communauté200 000 €
Moitié du défunt, qui entre dans la succession200 000 €
Quart en pleine propriété hérité par le conjoint50 000 €
Part des deux enfants, à racheter par une soulte150 000 €
Droit de partage de 2,5 %, s'il porte sur toute la maison10 000 €
Total à financer160 000 €

L'assiette exacte du droit de partage dépend de l'acte : seul le notaire peut la confirmer. Ce mécanisme de soulte est proche de celui d'une sortie d'indivision entre héritiers, détaillée dans notre article sortir d'une indivision successorale.

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Financer la soulte quand on est veuf ou veuve

Une fois seul propriétaire, le conjoint peut offrir le logement en garantie du prêt qui finance la soulte. Dans notre exemple, 160 000 € empruntés sur 15 ans au taux hypothétique de 3,6 % hors assurance donnent une mensualité de 1 151,69 € et 47 303,38 € d'intérêts au total. Ce taux est une hypothèse de calcul, pas une offre.

La banque examinera surtout :

  • les revenus du conjoint seul, souvent plus faibles après le décès : la mensualité doit en principe rester sous 35 % de ses revenus, assurance comprise ;
  • son âge, qui pèse sur l'accès à l'assurance emprunteur et sur la durée possible. Notre guide pour emprunter après 70 ans présente les garanties qui peuvent remplacer l'assurance ;
  • le projet d'acte du notaire, qui fixe la valeur retenue et le montant de la soulte.

Un crédit hypothécaire engage le logement : en cas d'impayés durables, la banque peut le faire saisir. C'est précisément le bien que l'on cherchait à garder, d'où l'importance de dimensionner le prêt avec prudence.

Rester chez soi sans racheter : les autres solutions

  • Le droit viager au logement : il permet de rester chez soi à vie sans rien racheter, en contrepartie de son imputation sur la part d'héritage.
  • L'usufruit de toute la succession, quand les enfants sont tous communs : le conjoint garde l'usage du logement et les enfants en détiennent la nue-propriété.
  • Une soulte payée en partie à terme, pour réduire le montant à emprunter : en cas d'attribution préférentielle du logement, le conjoint peut obtenir des délais de dix ans au plus pour la moitié au plus de la soulte, avec intérêts au taux légal sauf accord contraire (article 832-4 du Code civil) ; au-delà, il faut l'accord des enfants.
  • Vendre et racheter plus petit, quand le logement est devenu trop grand ou trop coûteux à entretenir.
  • Le prêt viager hypothécaire, sans mensualités, peut être étudié selon les cas ; comparez-le dans notre article crédit hypothécaire ou prêt viager.

Le notaire chargé de la succession est votre interlocuteur central : il chiffre vos droits, recueille votre option et prépare l'acte de partage. Pour vérifier qu'un financement du rachat est envisageable, l'étude de faisabilité est gratuite et sans engagement.

Questions fréquentes

Le conjoint survivant peut-il rester dans la maison ?
Oui. Il peut l'occuper gratuitement pendant un an après le décès, puis demander, dans ce délai d'un an, un droit d'habitation et d'usage à vie. Ce droit viager peut seulement être écarté par un testament notarié du défunt.
Les enfants peuvent-ils obliger le conjoint survivant à vendre la maison ?
En principe non pendant l'année qui suit le décès, ni lorsqu'il exerce son droit viager au logement ou détient l'usufruit du bien : ces droits lui permettent d'occuper les lieux. S'il est seulement propriétaire d'une part en indivision, sans droit viager, un partage peut être demandé : l'attribution préférentielle avec soulte lui permet alors de garder le logement.
Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession ?
Non, le conjoint marié est totalement exonéré, comme le partenaire de PACS désigné par testament. Il doit toutefois déposer une déclaration de succession, sauf dispense pour les petites successions.
Peut-on emprunter pour racheter la part des enfants après un décès ?
Oui, c'est possible si les revenus du conjoint permettent de rembourser. Le prêt est en général garanti par une hypothèque sur le logement devenu sa propriété exclusive. L'âge et l'assurance emprunteur sont souvent les points décisifs.

Sources

  1. Chambre des notaires de la Gironde — Droits successoraux du conjoint survivant « ab intestat » (16/01/2023)
  2. Fourez Notaires — Que devient le logement d'un couple au moment du décès ? (11/12/2023)
  3. Service-Public.fr — Dans quels cas un héritier est-il exonéré de droits de succession ? (vérifié le 13/05/2026)
  4. Rapport du 121e Congrès des notaires — Évaluation du droit viager au logement (31/01/2025)
  5. impots.gouv.fr — Comment payer les droits de succession (paiement différé)
  6. Efficience Notaires — Donation au dernier vivant entre époux
  7. Rapport du 116e Congrès des notaires — Attribution préférentielle du logement au survivant (délais de paiement de la soulte)
  8. BOFiP — Droit de partage (BOI-ENR-PTG-10-10)

Publié le 30 octobre 2026.

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